13 avenue Victor Bouthillier

17410 Saint-Martin-de-Ré

Sourds ou malentendants

Contactez-nous avec ACCEO

Le mystère LK enfin levé, ou la genèse d’une trouvaille

Cette histoire pourrait commencer par : « Philippe, Christelle, Aline et Bruno (dans l’ordre d’apparition), sont heureux de vous faire part de la (re)naissance du petit LK … ».
Depuis des décennies les historiens spécialistes des bagnes coloniaux cherchent comme un Graal, qui se cache derrière la signature « LK » ornant ces séries de caricatures, maintenant célèbres et racontant la vie du bagne de Guyane dans les années 1920. Albert Londres dans son reportage paru dans le Petit Parisien en 1923, illustre ses articles par plusieurs caricatures de « LK »

J’avais déjà à plusieurs reprise tenté, sans succès, de percer le mystère, quand dernièrement une de ces idées magiques qui viennent dont on ne sait où, me traverse l’esprit : et si LK était la signature d’artiste de quelqu’un se nommant Elka ? La base de données me livre alors effectivement un Pierre Elka : il existe !
Me précipitant aux ANOM, son maigre dossier n’apporte aucune preuve convaincante ; ce qui s’appelle faire chou-blanc !

En échangeant sur cette déconvenue avec Christelle Rivalland directrice du musée Ernest Cognacq de Saint-Martin-de-Ré, elle me signale une caricature de la collection du musée Balaguier, la seule connue de ce type car signée de quelque chose qui ressemble à « L.Knoël » et non simplement « LK » comme toutes les autres.
Bien entendu pas de Knoël dans les archives. Je décide alors d’essayer toutes les combinaisons possibles : Et si le K était un H, le O un A, le L un S ou un F, etc ? Aline, mon épouse plus matheuse que moi, se souvient de ses cours de combinatoire du lycée et trouve 24 possibilités que j’engage immédiatement dans la base de données des ANOM. Seule l’une d’elle fonctionne, un certain Léon Kroëf[1] ! Bingo !!

Nous sommes le 4 mars 2025, il est 17h, la pression monte…
Bruno Gabardo, éminent généalogiste contacté dans l’heure me répond rapidement. Dans la soirée le verdict tombe : il a trouvé, en date du 2 mai 1909, un certificat de mariage de Marie Léon Charles Kroëf avec une certaine Eugénie Collet et la signature du document est parfaitement la même que celle qui orne la caricature…
Le mystère vient de tomber ! La solution était sous nos yeux depuis des dizaines d’années.

Il nous reste à consulter aux ANOM le dossier de Marie Léon Charles Kroëf dit « LK » dit « Le Grand Léon », à le pister dans les journaux de la BNF, aux Archives de Guyane …. bref à retracer sa vie que nous ne manquerons pas de partager avec vous au prochain épisode.

 

Philippe Collin – le 05/03/2025.

 

[1] Marie Léon Charles Kroëf, matricule 40131 (puis 12943 et 6814), condamné à 6 ans de travaux forcés en 1911 pour complicité de vol qualifié par recel. Arrivé en Guyane en 1912. (4eme 1ere  en 1917 et 4eme 2eme en 1923, réhabilité en 1924) décédé le 9 avril 1926 à Paris.

 

Extrait de la publication (instagram/facebook)

1 thought on “Le mystère LK enfin levé, ou la genèse d’une trouvaille”

  1. Merci pour cet article passionnant et pour la découverte de Philippe Collin et de son équipe, qui identifie enfin avec certitude LK comme étant Léon Kroëf, là où l’on pensait jusqu’à présent – à tort – qu’il s’agissait d’Émile Voillard, sur la base des travaux d’André Bendjebbar.

    Un détail reste toutefois troublant : la lettre citée pour identifier LK par Bendjebbar et reprise dans Au bagne, signée “V.” et adressée à Albert Londres par “Mon cher confrère”, correspond beaucoup plus au profil de Voillard, journaliste de formation, qu’à Kroëf. Londres parle d’ailleurs dans son texte de “mon V…”, ce qui renforce cette identification.

    On peut ainsi envisager que Voillard, libéré début 1912, ait servi d’intermédiaire entre Londres et Kroëf, arrivé la même année au bagne. D’autant plus que Voillard et Kroëf, sont nés presque la même année (fin 1870 et début 1872), ont vécu à Paris dans les années 1890, sans doute fréquenté les mêmes cercles anarchistes et artistiques, et ont même été tous les deux dans la réserve du bataillon d’artillerie à Épinal.

    Autant d’indices qui suggèrent non seulement qu’ils se connaissaient, mais qu’ils ont peut-être travaillé ensemble. Une piste qui mériterait sans doute d’être explorée davantage.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *